Inégalité persistante : la représentation des tailles dans la mode accuse un recul
Trois ans après le lancement de son rapport sur l’inclusion des tailles, Vogue Business constate un recul alarmant de la diversité des tailles sur les podiums et dans les rayons des boutiques de luxe. L’espoir initial d’une amélioration progressive s’est heurté à une réalité plus sombre : la proportion de mannequins de tailles standard (US 0-4) a atteint un sommet inégalé, tandis que la représentation des tailles intermédiaires et plus grandes a considérablement diminué.
Le rapport vogue business révèle un échec des efforts d’inclusion
Initialement, l’idée était simple : forcer les marques à reconsidérer leur approche en excluant les corps non minces. L’objectif était clair : une pression positive, même minimale, pour inciter les marques à s’engager davantage. L’idée que la simple célébration de quelques mannequins de tailles variées suffirait à déclencher une transformation s’est avérée naïve. Les données des trois dernières années montrent une tendance inquiétante : la représentation des tailles intermédiaires (US 6-12) est passée de 3,8 % en février 2023 à 2,1 % en février 2026. La catégorie plus grande (US 14+) a subi un effondrement encore plus marqué, passant de 0,6 % à 0,3 % sur la même période.
Cette régression ne se limite pas aux podiums. Une enquête récente menée auprès de 700 consommateurs révèle que près de la moitié ressentent une pression pour maigrir, et que les difficultés de taille en magasin sont plus souvent citées comme source de cette pression que la représentation sur les podiums. Une étude approfondie de la disponibilité des tailles sur les sites e-commerce des marques de luxe a confirmé cette déconnexion. La taille 20 américaine, par exemple, est rare, voire inexistante, dans les boutiques, malgré des catalogues en ligne qui la proposent.
Abisola Omole, également connue sous le nom de ‘Abi Marvel’, a mené une enquête indépendante, visitant des boutiques de luxe pour évaluer la disponibilité réelle des tailles plus grandes. Elle a constaté que les vêtements dans les tailles 16-18 étaient souvent relégués au fond des rayons, donnant l’impression qu’ils n’étaient pas disponibles. Toutefois, elle a également découvert que certaines marques, comme Dior et Chanel, proposent désormais une gamme plus large de tailles, bien que souvent avec des limitations.
Ce qui est frappant, c’est la manière dont les marques contournent la question de l’inclusion. Des marques qui prônent l’inclusion mettent en avant des mannequins de tailles variées lors des défilés, sans pour autant proposer de vêtements adaptés aux tailles plus grandes en magasin. Ce qui est criant, c'est que même des créateurs qui s'engagent dans l'inclusion ne se montrent pas toujours disponibles pour les consommateurs.
La tendance au thinness, exacerbée par l’essor de la « glow-up » et la culture des réseaux sociaux, ne fait qu’aggraver la situation. L’obsession pour la minceur se répercute sur la perception des corps, et les marques semblent moins préoccupées par l’ajustement des vêtements à toutes les morphologies. Les critiques se multiplient : les mannequins sont souvent retouchés pour les rendre plus minces, et les silhouettes sont déformées pour accentuer la minceur. La réalité dépasse souvent la fiction.
Vogue Business continue de suivre l’évolution de l’inclusion des tailles, en s’appuyant sur des données rigoureuses et des enquêtes de terrain. Malgré les lenteurs et les reculs, la perspective d’une véritable transformation reste essentielle. L’enjeu est clair : les marques doivent passer d’une représentation symbolique à un engagement réel, en proposant des vêtements adaptés à toutes les morphologies, et non pas seulement quelques tailles supplémentaires pour satisfaire une demande grandissante.