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Horreur télévisuelle : quand les intrigues s'encombrant, l'horreur perd son âme

Rappelez-vous de 1996 : Scream avait dressé une liste de règles simples pour survivre à un film d'horreur : ne pas coucher, ne pas boire ni prendre de drogues, et surtout, ne jamais dire « Je reviens tout de suite ». Car, selon le film, on ne reviendrait pas. Aujourd'hui, les scénarios d'horreur à la télévision se compliquent à telle enseigne que regarder ces séries devient une épreuve pour l'esprit.

Les séries d'horreur s'enfoncent dans des méandres narratifs inutiles

La série Netflix Something Very Bad Is Going to Happen en est un exemple flagrant. L'intrigue ? Une femme doit épouser son âme sœur avant le coucher du soleil, sous peine de mort. Mais comment savoir qui est cet âme sœur ? La réponse, en substance, est que l'intrigue se résume à cette question. Et le pire, c'est que la malédiction se transmet à la génération suivante. Un divorce, et la malédiction s'abat sur la famille de son futur ex. Une faille ? On attend la solution.

Ce n'est pas un cas isolé. Les créateurs des Stranger Things, les frères Duffer, sont également à l'origine de cette série. Leur approche narrative, déjà visible dans la saison 5 de leur série phare, consistait à expliquer les rebondissements par le biais d'objets du quotidien. Netflix, pour maintenir l'attention des spectateurs sur leurs téléphones, exige des explications toujours plus détaillées. Cette tendance à l'explication excessive est un fléau qui ronge le genre.

Prenez IT : Welcome to Derry sur HBO. La série, initialement appréciée pour son atmosphère angoissante, a introduit des éléments surprenants dans l'histoire de Pennywise, le clown tueur. Selon la série, Pennywise vit simultanément le passé, le présent et le futur. Un ajout inutile, qui soulève plus de questions qu'il n'en résout. Les créateurs eux-mêmes reconnaissent que ces aspects méritent d'être explorés lors des prochaines saisons.

Même les séries qui empruntent à la structure de Lost, comme From sur MGM+, tombent dans ce piège. L'histoire d'une ville isolée, où des monstres rôdent la nuit, devient une enquête labyrinthique dont chaque réponse génère une dizaine de nouvelles questions. L'intrigue, au lieu d'être un fil conducteur, devient un amas de fils sans fin.

Pourtant, l'horreur peut être efficace sans complexité excessive. Les films indépendants comme Barbarian ou Weapons ont prouvé que l'angoisse peut naître d'une simple idée : un monstre caché sous un canapé Airbnb. Nope, avec ses références aux extraterrestres, ou Hereditary, qui privilégie l'ambiance à l'explication, ont également connu le succès.

Les créateurs d'horreur devraient s'inspirer de ces exemples. L'horreur ne se résume pas à des énigmes complexes. Elle repose avant tout sur la peur, l'ambiguïté, le sentiment d'être observé. La peur du noir, du silence, de l'inconnu. Une peur qui se suffit à elle-même.

La preuve en est : le succès continu de séries comme The Haunting of Hill House, qui explore les traumatismes familiaux avec une subtilité et une émotion rares. L'horreur, lorsqu'elle est bien maîtrisée, ne nécessite pas de ficelles narratives complexes. Elle exige, avant tout, une maîtrise de l'art de la suggestion.

La formule semble fonctionner, paradoxalement, même si l'on s'éloigne du genre. IT : Welcome to Derry est renouvelée pour une saison 2, malgré l'énigme temporelle qu'elle pose. Une preuve que le spectateur est prêt à accepter le non-sens, tant que l'ambiance est réussie.

La question n'est plus de savoir si l'horreur peut être compliquée, mais si cette complexité est réellement nécessaire. Et la réponse, après tout, est simple : non. La véritable terreur réside dans ce qui n'est pas dit, dans ce qui se cache dans l'ombre.